QU'AVEZ-VOUS À PERDRE ?
- 11 juil.
- 5 min de lecture
Avez-vous remarqué combien nous sommes inspirés, pleins d’initiatives et heureux quand, paradoxalement, nous n’avons rien à perdre ?
De toutes mes propres « performances » et de tous celles que j’ai accompagné où que j’ai vu de loin, j’ai toujours reconnu ce point commun : une focalisation sur la joie plus que sur le risque. Celle de faire, d’Être… La conscience du moment présent à vivre le processus plutôt qu'une vigilance à ce qu'on "a" ou qu'on n'a pas.
En ce sens, ce qu’on appelle « préparation mentale » (en réalité autant mentale qu’’émotionnelle ou physique), se rapproche d’avantage d’un chemin spirituel qu’on ne le croit. À un processus de libération totale.
L’artiste, qu’il en ait conscience ou non, fait l’expérience de chercher (et pour certains, trouver) son alignement. Ce qu’on appelle l’alignement, c’est être en cohérence tout simplement avec ses pensées, ses émotions et ses actes. Lorsque tout s’aligne, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de forces opposées, pas de résistance donc de pression contre-productive, alors d’est une conscience ouverte qui s’avance sur scène. Un cœur libre et un mental à disposition. Les conditions peuvent être ce qu'elles sont, ce qui se vit est toujours intérieur.
En spiritualité, ce sujet arrive un jour ou l’autre : le détachement.
Sommes-nous si attaché à des croyances, à des illusions, que nous préférons rester agglutinés à ce poteau plutôt que de le lâcher pour réaliser que nous n’en avions pas besoin ?
Un sage me disait souvent, pragmatique : « si tu cherches cet objet pour obtenir la joie, pourquoi ne pas chercher la joie directement, sans passer par l’objet ? »
À quoi sommes-nous encore attachés lorsque nous montons sur scène, lorsque nous créons une œuvre, lorsque nous travaillons chaque jour ou que nous nous exposons sur les réseaux pour diffuser notre art ?
Une réputation ?
Un compte en banque ?
Un mariage ?
Une voiture ?
Cela peut être dérangeant tout de suite d’y poser votre attention, mais je vous invite à le faire.
En réalité, le détachement, ce n’est pas tout lâcher et vivre en haillons dans la rue ! Nisargadatta, grand maître indien s'il en est, avait relaté son histoire lorsqu’un jour, sur le chemin pour aller à un satsang (réunion autour de l’Unité, de la vérité), il cherchait à se dépouiller de chaque objet l’un après l’autre. Quelqu’un l’interpela pour lui demander ce qu’il faisait et il répondit qu’il lâchait toute possession pour parvenir au détachement. Celui qui l’interpelait ria et lui dit : « pourquoi te séparer des objets, il suffit de ne plus y être attaché ! » Nisargadatta rentra directement chez lui, plein de cette illumination. Il n’avait plus besoin de chercher la paix. Elle était déjà là.
La joie, quant à elle, ne peut se perdre, parce qu'elle ne se gagne pas "à condition de"... Une satisfaction, oui. La joie, elle, est immuable. À disposition.

Ce n’est donc pas l’idée de vivre sans rien mais de vivre sans attachement - au tout comme au rien. Sans enfermement. Si, à chacune de mes actions, j’ai plus peur de ce que je pourrais perdre que d’accueillir ce qui est, je crée une résistance forte dans mon cheminement. D’abord cela crée de la peur car le mental n’aime pas l’idée de perdre ! Puis cela renforce une autre idée : celle de croire réel ce qui ne l'est pas. Profondément, si je perds quelque chose, c’est que cette chose était illusoire. Qu’elle n’était donc pas « vraie ». Sinon, impossible de la perdre !
Il n'y a que l'illusion dont je puisse me séparer.
Exemple : si je crois que le succès d’un concert me rend vivante et qu’au concert suivant, le succès n’est pas au rendez-vous, je peux croire à l’illusion de ne plus exister. Cela parce que je crois avoir perdu mon succès, donc ma vie… Mais si je réalise que le succès n’est jamais à l’extérieur, qu’il n’existe qu’en moi et que mon existence ne peut pas être perdue, alors la question ne se pose plus.
En anglais, la peur porte ces quatre lettres : F E A R.
F = False (fausse)
E= Evidence (preuve)
A = Appearing (ayant l'air)
R = Real (réelle)
Voilà la meilleure définition qui soit : ce qui est faux et que nous croyons vrai.
Ainsi, se reposer la question, par moment, sur ce que l’on croit avoir peur de perdre, est une invitation très libératrice. Une ouverture en grand. Si mon mental réalise qu’il n’y a rien qui soit fondamental que je puisse perdre, alors tout est possible. Tout est permis. Tout est autorisé.
Observez l’énergie quand vous vous focalisez sur le « tout est possible » plutôt que sur « il ne faut pas que je perde » ...

En stratégie politique, certains en parlent lorsqu’ils disent qu’il ne faut jamais trop laisser son adversaire sans rien, car sinon il gagne un pouvoir colossal : ne plus rien avoir à perdre.
Et cela, c’est une force inestimable.
Si vous avez l'impression d'avoir "tout perdu", "tout raté", d'être désespéré d'une situation ou d'un événement (qui sera toujours un élément microscopique dans votre vie, rappelez-vous en !), vous voilà bénéficiant d'un chemin royal : lâcher la pression qui n'était plus nécessaire, la résistance à ce que vous êtes vraiment et depuis toujours (et pour toujours) : libre, puissant, fait d'énergie et de vibrations. Une invitation aussi à accueillir (même quand on croit ne plus le voir tant on se l'est caché à soi-même) votre véritable envie, votre désir profond, qui n'appartient qu'à vous et personne d'autre... Peut-être celui que vous n'osiez voir tant vous aviez cru qu'il risquait de vous faire perdre telle ou telle autre chose en le considérant.
N’est-ce pas cela qui anime les « outsider » en tennis lorsqu'ils battent un Djokovic ?
La motivation n'est rien. C'est l'inspiration qui porte, qui transporte. Or, être inspiré, c'est vivre littéralement qui l'on est. Pas chercher des "il faut", "je dois" pour se motiver...
Ensuite, une fois installé, c'est alors le moment de se reposer - encore - cette question : à quelle illusion suis-je encore attaché au point d’avoir peur de la perdre ?
Cette peur n’est pas un frein.
Si vous la regardez bien en face, vous réaliserez qu’elle est un moteur. Et sans jeu de mot : votre mentor. Elle vous guide et vous dit d’ouvrir en grand votre être, bien plus grand que vous ne l'aviez jamais cru pouvoir être. Elle pointe son nez jusqu’à ce que vous soyez suffisamment libre pour ne plus avoir peur d'elle. C’est une ombre qui vous chatouille à travers les ruelles de votre esprit pour vous amener là où vous désirez vraiment être.
Infini. Vaste. Grandiose !
Vous souhaitant un excellent mois de juillet !
À votre oeuvre !
Hélène Tysman
pour L'Hypnose du Musicien©




