POUR QUI TE PRENDS-TU ?
- 4 avr.
- 6 min de lecture
Qu’il s’agisse de pointer l’autre ou de se pointer soi-même lorsque notre subconscient croit devoir se comparer, cette question est souvent entendue de manière péjorative.
Pourtant elle est essentielle.
En elle se trouve toute l’énergie qui souvent semble bloquer lorsque l’on croit peiner à avancer.
Qui crois-je être lorsque « je » agit ?
Sur scène ou dans mes projets et travail quotidiens.
Et surtout qu'est-ce que je réprime de qui je suis par peur de me « prendre pour... » ?
Si je crois être limité, incapable, indigne… si je crois ne pouvoir y arriver qu'à condition de prouver à quelqu'un ou par un coup de chance… si je crois que tous mes succès jusqu’à maintenant ne sont rien et que mes échecs sont des cataclysmes retentissants dont je dois m'absoudre… si je crois devoir me justifier, être une mauvaise personne, ne pas être libre...
Bref.
Peu importe vers où j'essaie d'aller. Je vivrai selon qui je crois être. Car ma manière d'avancer exprime et réaffirme à chaque pas l'identité à laquelle je crois correspondre (ou crois devoir correspondre).
Moïse dans la Bible transmet cette information comme un symbole. Quand il entend Dieu lui parler et lui demande de quelle manière le nommer, celui-ci répond : « JE SUIS ». Ainsi Moïse, soudain révélé par Dieu, prononce ces mots : « JE SUIS CE QUE JE SUIS ».
Dans le coaching, on dirait la même chose en parlant de définir ses « valeurs ». Ce mot un peu barbare signifie définir son « système de priorité », c’est-à-dire le(s) moteur(s) dans sa vie. Ce qui est plus important ou moins important relève de l'intime.
Comme dans une voiture, si vous ne savez pas quel est le moteur de votre véhicule, vous ne saurez pas quelle essence y mettre. Et même avec la meilleure volonté du monde, si l’essence ne correspond pas, au mieux votre voiture n’avancera pas, au pire elle explosera ! (exemple les brun out, les dépressions)
Répondre à la question « qui suis-je » de but en blanc est certes impossible. C’est pourquoi l’on a recours à ce que l’on voit, ce que l’on ressent, en prenant soin de trier ce qui tient des conditionnements et ce qui vibre au plus profond de soi.
En bouddhisme et en tantrisme, il existe une médiation du « qui suis-je ». Elle peut durer 8 heures ou plus ! Face à face, l’autre demande et redemande « qui es-tu ? » incessamment, peu importe la réponse. À un certain moment, l’on ne sait plus si l’on est papillon, air, l’autre, rien ou Tout. Et la moindre idée s’évanouit.
Or si l'on a la chance d’explorer ces dimensions de l’Être, ce n’est pas incompatible avec le fait d’incarner aussi une personne qui évolue dans cette vie. Car dessiner ses propres contours, c’est permettre de clarifier son rapport au monde. Se donner la possibilité de choisir - et non laisser les autres choisir pour soi.
Tout un chacun ayant un jour fait l’expérience de ce que l’on appelle « la loi de l’attraction » ou de la « manifestation » sait qu’il ne s’agit jamais de ce que l’on veut mais de qui l’on est quand on pointe son intention. Je n’obtiens pas ce que je veux. J'OBTIENS QUI JE SUIS. Or ce que je suis est fait de qui je CROIS être.
Il ne s'agit pas de pensées conscientes mais de croyances inconscientes.
Et souvent, lorsque je ressens un blocage, c’est qu’il y a un delta avec qui je crois être.
Je me prépare peut-être à un concours international avec une certaine confiance dans mes capacités, dans mon niveau. Mais si, au plus profond de moi je crois être quelqu’un d’indigne, de pas assez intelligent ou si je crois que ceux qui ont du succès sont forcément arrogants ou égoïstes, il se peut que cela interfère avec mon intention première.
Lorsqu’on demande à quelqu’un de se décrire, il y a de fortes chances qu’il réponde par des valeurs socialement admises : « gentil, généreux, quelqu’un de bien même si je fais des erreurs ». Au plus profond de soi, personne ne croit être indigne. Pourtant il existe cette fameuse part d’ombre, l’autre face de soi, qui n’est ni mieux ni moins bien. Juste l’ombre du soleil. Elle se croit peut-être prétentieuse parce qu’on le lui a dit. Mais elle existe juste à sa manière. Elle est gardienne de quelque chose de précieux. Ce n’est pas la prétention dont il est question mais autre chose. Il se peut que ce soit l'affirmation de soi, de sa liberté, le déploiement de son énergie, son propre rayonnement. La confiance que je peux me révéler et que ce sera bénéfique pour l'Autre.
Bref, tant que l’on n’a pas découvert ce trésor, que l’on n’est pas entier dans son « je suis », il y a toutes les chances que certaines croyances identitaires interfèrent inconsciemment. Et à la longue cela peut devenir si pénible que l’on finit par se croire fondamentalement incapable.
On cherche alors quelques techniques pour vaincre le trac, pour retrouver de la confiance. Une forme de fierté sans s'autoriser vraiment à être fier... Faire pour être. Et c'est très bien, car c'est déjà un début de cheminement. Mais plus pérenne et plus rapide est de se poser la question à la racine de tout : qui crois-je être. Ou qui crois-je avoir le droit d'être ?
Cela permet d’ouvrir le capot de sa voiture pour enfin réaliser la perfection de la mécanique, du moteur. Le sien ! Celui qui fait que notre voiture roule idéalement, peu importe celle de son voisin. Il est possible de modifier, améliorer, fluidifier, optimiser son moteur. Il est même possible de le changer ! À condition de commencer par le voir, prendre conscience de ce qu'il est.
En réalité tout devient si simple lorsqu’on dessine ses propres contours.
Non pas dans l’idée de limitation. Au contraire ! Dans l’idée de faire Un avec soi-même.
Comme disait Gandhi : le bonheur, c’est lorsque nos actes coïncident avec nos pensées et nos émotions.
Généralement à ce stade, il n’est plus question d’effort, d’obligation ni de comparaison.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de travail.
Mais ce sera certainement joyeux. Vivant !
Je me rappelle les périodes les plus incroyables de mon travail pianistique où il m’était possible d’apprendre à une vitesse express des œuvres et de progresser, en réalité en jouant des heures entières mon piano, mais sans avoir l’impression de travailler. Je m’amusais ! Je jouais... Avec obstination certes, car cela fait partie de mon moteur. Mais jouant. Et créant. Puis j'oubliais. Je croyais de nouveau être quelqu'un d'autre, cet « autre » projeté par tel ou tel personne de mon entourage. Je voulais correspondre... finalement, laissant les autres dessiner mes propres contours, je m'éloignais de qui je suis. Au bout du bout, ces projections m'ont été un cadeau inestimable : celui d'apprendre à traverser ces illusions. À transgresser cette peur. À reconnaître ma propre autorité avant d'être gênée par celle de l'autre. Si je sais pertinemment ce que j'aime manger, je n'ai aucun problème avec le fait que mon voisin aime d'autres aliments. Et rien ni personne ne me fera changer mon plaisir à déguster tel plat !
En allant justement hier déjeuner au délicieux restaurant indien du coin de ma rue, je discutais avec le chef de cet établissement. Toujours curieux et de bonne humeur, il me témoignait son étonnement quant à mon végétarianisme. En réalité cela fait plus de 10 ans que j'ai décidé ce changement alimentaire, du jour au lendemain. En une fraction de seconde, sans autre justification que mon élan profond, mettre un bout d’être vivant dans ma bouche est devenu aussi improbable que manger un pneu de voiture ! Mais ce chef cuisinier, lui, y voyait une sorte de discipline, de difficulté à maintenir un tel « régime ». Et tandis qu’il me questionnait, se demandant lui-même comment il pourrait en être capable, je compris ce qu'il ne voyait pas. Je lui dis alors : « Cela n’a absolument rien de difficile si ça vient du cœur ! Et si ce n'est pas le cas, ça n'a aucun sens, en effet. » Nous avons ri.
Depuis toutes ces années où je me suis passionnée pour la mécanique, non pas des voitures, mais des êtres humains, il y a une certitude qui s’est imposée au fil du temps : quoi que l’on fasse, son résultat dépendra d'où ça vient. D’où cela procède. Ni bien ni mal ! Juste la coïncidence entre la cible et la posture de l’archetier. Son être, son équilibre.
Le coeur de l'archetier est plus important que le coeur de sa cible.
Notre civilisation a voulu tellement accélérer le temps qu’elle a fini par se marcher sur les pieds !
Aujourd’hui nous croyons devoir avoir ou faire pour ÊTRE. Car nous avons voulu accélérer la matière dans la matière. Mais la matière sera toujours limitée par elle-même. En revanche, se rappeler de notre pouvoir infini, c'est être aligné avec qui l’on EST, au sens le plus profond. Comme lorsque vous jouez sur scène sans plus vous soucier de quoi ni comment... profitant de ce qui est.
Vous souhaitant une belle semaine dans l'expérience de qui vous êtes !
Et à votre écoute évidemment si vous souhaitez avancer dans votre épanouissement et succès d'artiste.
Hélène Tysman
pour L'Hypnose du Musicien©

Je vous souhaite un très beau mois d'avril !
Hélène Tysman
pour l'Hypnose du Musicien©



