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DANSER 2022

(Aquarelle de Roxanne Cabane)

Voici ce que je souhaite pour 2022 : DANSER

Discipline: du latin disciplina« action d'apprendre », avec soin, jusqu’à l’aisance et l’élégance du geste.

Amplitude: oser aller frôler la limite du possible, explorer l’ouverture vertigineuse qui déploie totalement.

Naïveté: humblement retrouver la curiosité faite d’un regard neuf plein d’étonnement et de fascination.

Souplesse: doser tonus et flexibilité dans un élan raffiné et sensible, sans cesse à renouveler.

Equilibre: être mû par ces mouvements imperceptibles d’ajustements perpétuels créant une certaine stabilité.

Réenchantement: remettre en lumière les dimensions sensibles, poétiques et créatives de l’existence.

Discipline: Trop souvent, le mot discipline montre sa face coercitive faite de lignes de conduite strictes et même de sanctions. Lorsque se dévoile enfin sa splendeur, la discipline offre une force d’application ferme et assidue dans l’acte d’apprendre. Les détails prennent alors une importance royale alors que les compétences s’affinent et s’assemblent dans une synergie productive féconde.

« Un soir, sur le terrain d’entraînement, Tiger Woods vit un moment spécial: la balle s’envole, comme tant d’autres allant se perdre au fond du cimetière des illusions de tout golfeur, mais l’impact résonne en lui comme un appel, une musique merveilleuse venue de nulle part. C’est une balle qui vaut de l’or. Il sent en lui un choc qui le transperce. La sensation de perfection, cette quête insensée, entreprise tant de mois auparavant et qu’il n’était pas certain de faire aboutir, il la perçoit! Là, à l’instant, il sent que tout est en place. Tout concorde. Mille muscles, quatre membres, vingt milliards de neurones et plus un seul doute. Le swing nouveau est redevenu comme l’ancien : absolument naturel, mais plus contrôlé, un swing pour durer. Il est parvenu, après des mois d’application, à cette extase que connaissent les grands créateurs : il n’a plus un swing , il EST son swing! » François Ducasse dans Champion dans la tête.

Chez les artistes comme chez les sportifs, on distingue parfois les « naturels » et « ceux qui font des efforts ». Quand on sait que le talent additionné à l’effort permet de créer des compétences solides et que l’on remarque qu'une bonne utilisation des compétences est le seul chemin de la performance durable, alors on peut capter pleinement le sens de cette citation : « Hard work beats talent when talent doesn't work hard. » Maintenant si les mots effort ou travail vous sont rébarbatifs, ils se traduisent concrètement en investissement, en attention, en énergie, en temps, en passion...en un mot : en action !


« L'enfant qui participe à une activité qui le passionne se discipline automatiquement. » Célestin Freinet

Amplitude: Se donner à moitié ou mollement est parfois tentant, voire même utile lorsqu’il s’agit d’avoir des excuses lors de résultats décevants. C’est bien souvent inconscient, parfois mêlé à de l’hésitation, de la crainte ou des doutes, néanmoins cela fait partie des attitudes liées à une surprotection de l’image de soi. Même chez de grands sportifs, ce phénomène peut influencer la performance:

« Mickael Klim, grand nageur australien, avait la mauvaise habitude de mettre du poids, au dernier moment, sur les épaules de l’entraîneur en sollicitant son mentor juste avant la course. Un jour, Touretski se retrouva en panne d’arguments et son protégé n’a rien remporté. Touretski, qui avait habituellement tenté de trouver les mots-clés appropriés par le passé, avait senti, cette fois, ce piège. Le fait de à s’appuyer sur lui pour fuir ses responsabilités pouvait aller jusqu’à lui faire porter le chapeau en cas de contre-performance. » Article dans Sport et Vie no. 17, 2003.

S’investir toutes voiles ouvertes est un défi colossal pourtant porteur de satisfactions inégalées alors que le courage se mêle aux actions posées franchement. D’ailleurs connaître son plein déploiement n’est possible qu’en le rencontrant, en l’expérimentant sur le terrain.

« Il n’y en avait qu’un pour surfer sur l’impossible. Bode Miller, skieur alpin (surnommé par Nathalie Vion le Pur-sang déguisé en âne), géant des mondiaux de 2003, grâce à ses expérimentations in vivo sur lui-même, savait sans doute mieux que les autres jusqu’où risquer, jusqu’où se pousser. Il a su rattraper 87 centièmes de retard avec un mauvais dossard, sur une neige où s’étaient formés de méchants trous. Peu importe l’état de la neige, Bode Miller allait savoir faire.» François Ducasse dans Champion dans la tête.

Naïveté: Trop « connaître » empêche de découvrir et de contempler avec l’ouverture essentielle à l’émerveillement. Il devient alors impossible de solliciter pleinement ses sens à force de se fier sur ses a priori. Le monde de l’adulte, rempli de ce qu’il a tiré comme conclusions, manque de sens de l’aventure et s’en voit alors rétréci au point de parfois devenir hermétique.

« Ce qui est excitant dans l’aventure, c’est justement le mystère, le nouveau, la promesse d’un ailleurs, de nouveaux mondes recelant des trésors de «peut-être» et de «pourquoi pas?» » François Ducasse dans Champion dans la tête.

Ce qui est fascinant avec la naïveté, c’est la simplicité naturelle qu’elle permet de déployer, autant dans le regard posé sur le monde que dans une manière d’exprimer sa relation avec la vie, cette énergie sauvage et indomptable que l’on tente de canaliser et d’apprivoiser.


« La naïveté est une façon de vivre intelligemment le présent. » Gustave Parking, artiste comique.

Souplesse: Brusquer la souplesse blesse. Les sportifs de haut niveau savent d’ailleurs s’incliner devant ce que réclame le corps pour se déployer autrement dans l’espace: de la conscience aiguisée, une douce persistance et une action précise et permissive. Le corps cherche à nous apprendre des choses précieuses sur nous-mêmes, et ses enseignements, comme des cadeaux, se révèlent en silence, dans l’action.

« Le silence est la plus haute forme de pensée, et c’est en développant en nous cette attention muette au jour, que nous trouvons notre place dans l’absolu qui nous entoure. Il nous appartient - quand tout nous fait défaut et que tout s’éloigne - de donner à notre vie la patience d’une oeuvre d’art, la souplesse des roseaux que la main froisse, en hommage à l’hiver.» Christian Bobin dans le Huitième jour de la semaine.


Tout créateur connaît l’impact des cycles d’introspection/expression qui sont le mouvement respiratoire de l’artiste. Or, il n’y a pas de cycle sans cette souplesse qui fait qu’on accueille pleinement les paradoxes et les contrastes au sein desquels on peut avoir peine à se reconnaître. Rencontrer ses possibles demande de rejoindre ses profondeurs…

« Se replier sur soi-même nécessite énormément de souplesse, voire des dons d’acrobatie. » Damien Caillot dans Une boîte de petits moi.

Equilibre: En observant de l’extérieur un acrobate en équilibre, nul de peut observer jusqu’à quel degré de profondeur converge sa puissance, ni l’efficacité de la communication incessante entre son centre de gravité, ses appuis et la sculpture que son corps dessine. Gage de sécurité, et pas que de stabilité, l’équilibre physique ne serait rien sans son pendant attentionnel: force de l’intention et la capacité à faire le vide.

« Le sport consiste à déléguer au corps quelques unes des vertus les plus fortes de l’âme. »Jean Giraudoux


Chez l’artiste, l’équilibre rejoint des dimensions plus personnelles, identitaires et liées à l’expression. Devrait-on plutôt parler, dans ce cas, d’un équilibre dans le dosage du déséquilibre alors que ce qui captive a la saveur piquante des extrêmes? Est-il plus attrayant de sentir la présence de complétude, plus juste qu’un état de morne modération qui se fait parfois passer pour de l’équilibre?

« Quand intelligence et sensibilité sont en parfait équilibre, on a le merveilleux acteur. »Charlie Chaplin

Réenchantement: Se remplir de nouveau d’un vif plaisir, comme l’enfant devant l’abeille qui se délecte doucement, cachée derrière un coin de pétale, bourdonnant joyeusement au soleil, est-il encore permis, adulte? Redonner un attrait enchanteur au quotidien minuscule et grandiose à la fois peut-il surgir à l’aube de la maturité qui s’éloigne chroniquement de la frivolité?

«Si l’intervention de clowns thérapeutiques dérange, ce n’est pas simplement parce qu’elle viendrait heurter une quelconque conviction selon laquelle le rire, le ludique, le merveilleux ne sont qu’accessoires, l’essentiel étant de combler les besoins «plus fondamentaux»c’est aussi reliéà notre regard sur l’imaginaire. » Rolande Pelchat dans Le sociographe no. 2, 2011.


Permettre à nouveau l’accès à l’allégresse légère et laisser place à l’ivresse de rêver et de sentir les mouvements étonnants de la vie n’est-ce pas ce qui permet de se relever, l’étincelle au coin de l’oeil après avoir été brassé et meurtri par les épreuves inévitables de la vie?

« La résilience est la clé qui ouvre les portes du paradis aux êtres sensibles. » Nanan-akassimandou

Je souhaite donc DANSER en ce 2022...avec discipline, amplitude, naïveté, souplesse, équilibre et réenchantement.

Et vous?

Anne-Hélène





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